Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 16:10

J'ai récemment eu une discussion à propos du féminisme, et ce que j'ai entendu m'a laissée perplexe. Le féminisme est devenu un tel gros mot que beaucoup commence en disant " je ne suis pas féministe". Pourquoi cela ? J’entends, de la part de certaines, des mots durs à l'égard des autres femmes :

« pour ce qui est de l'avortement moi je suis surprise du nombre de personnes qui croient encore que c'est un moyen de contraception!!!!! »

ou bien

« Mais tant qu'il y aura des femmes prêtent à donner leur corps pour un boulot, une promo, un steack ou un défilé chez Chanel, ben ce sera difficile »

Je trouve souvent les femmes très enclines à juger leurs consœurs, et je trouve cela dommage. Nous sommes toutes confrontées à une même réalité, c'est-à-dire que le fait d'être une femme ne facilite rien dans la vie, pourquoi nous opposer ? Avez-vous réellement rencontré des femmes qui avortent comme d'autres prennent la pilule, pour de vrai, leur avez-vous parlé ? Ou est-ce simplement une phrase que l'on répète comme ça " y'a plein d'avortement, surement des femmes qui en abuse" ? Moi, je n’ai jamais rencontré de femmes qui ait avorté à la légère, par contre des femmes qui ont subi ce genre de jugement et qui en ont souffert, oui. (à ce sujet, voir : http://blog.jevaisbienmerci.net/).

Quant au statut du corps des femmes (voir la deuxième citation que j'ai prise), le problème est-il l'utilisation que vont en faire certaines femmes, ou le regard qui est porté sur lui par la société ? C'est à mon avis contradictoire de militer pour qu'une femme puisse faire ce qu'elle veut de son corps, et ensuite lui reprocher l'utilisation qu'elle en fait. Gagner de l'argent en "vendant son corps" pour faire des photos, etc… est-ce vraiment très différent de l'ouvrier en usine qui, lui aussi, vend sa force de travail, et travaille à l'aide de son corps ? Travailler avec son corps pour gagner de l'argent, ce n'est ni mal, ni bien, c'est la conséquence du système économique dans lequel nous vivons. Par contre, c'est toujours aux femmes que l'on reproche l'utilisation qu'elles en font, c'est sur leurs corps que s'exerce le contrôle social le plus fort. (Parents, à ce sujet, observez les conseils donnés aux petites filles et aux petits garçons quant à la façon de se tenir : on parie que les petites filles sont plus reprises ? "Tient-toi droite", "croise les jambes" "assied-toi correctement on voit tout")

       Je suis ethnologue, et ma minuscule expérience, puisque je suis encore étudiante, m'a quand même permis de travailler un peu le sujet des différences hommes-femmes. Ce qu'il y a d’intéressant à regarder d'autre cultures, c'est que l'on s'aperçoit que ce que l'on prenait pour évident et naturel dans nos façon d'agir, est en fait socialement construit (bon, c'est un peu le principe de l'ethnologie, ça). C'est vrai des différences homme-femme. Partout, il y en a : on attribue tel et tel trait spécifique aux femmes, tel aux hommes, mais ce qui est intéressant, c'est que d'une part, ce ne sont jamais les mêmes traits d'une société à une autre, d'autre part, les traits associés au féminin sont toujours dévalorisés (sur le sujet, les ouvrages de Françoise héritier "masculin/féminin, les pensées de la différences" sont très abordables, et intéressant. Un petit résumé là : http://stl.recherche.univ-lille3.fr/textesenligne/auteursdivers/Ogilviemasculinfeminin.html). On peut légitimement en conclure que, si il y a des différences entre les hommes et les femmes, elles sont socialement construites et pas innées (les recherches sur le cerveau tendant à montrer le contraire sont très très controversées, et toujours ethnocentrique, c'est à dire réalisées sur des étudiants américains en extrapolant les résultats au reste du monde, sans chercher à voir si on n’aurait pas prouvé un biais social plutôt qu'une vérité universelle). Le découpage de la réalité en deux catégories "masculin" et "féminin", auquel s'attachent des caractères normés, loin d'être une évidence biologique, sont des phénomènes éminemment sociaux et contingents. Il ne suffit pas de naitre avec un sexe pour être un homme, ou une femme, il faut passer à travers tout un processus de formation. C'est pour cela (on en a un peu parlé dans l'actualité à propos de manuel scolaire il y a quelque mois), que l'on parle de genre quand on parle de phénomènes sociaux, ce qui est le cas quand on parle de féminisme, et que l'on réserve "sexe" à la description biologique. Il y a d'ailleurs plus de deux genres, masculin, féminin, et tout un panel entre : les hijra, en Inde, revendiquent l'appartenance à un "troisième sexe". Ainsi, quand on dit que les femmes sont plus douce émotives et sensibles que les hommes, pour moi, ça décrit une image sociale de la femme dans notre société, mais surement pas une réalité biologique indépassable. Pour moi, les femmes, de par leur sexe de naissance, ne sont donc pas destinées à quoi que soit, pas plus au ménage, à l'éducation des enfants qu'au découpage du bois ou à la chasse ou mammouth, pas plus que les hommes. En tant qu’individus, nous sommes bien plus que notre sexe, bien plus que notre genre.

              Moi, je dis que je suis féministe, parce qu’il y a encore du travail pour parvenir à l'égalité. Ce que j’entends par égalité, c'est plutôt ça : que notre sexe, ou plutôt, notre genre, ne soit pas un obstacle à ce qu'on veut faire dans la vie, qu'il ne nous limite pas, pour les femmes comme pour les hommes.  On m'a dit : "Je ne veux pas l'égalité car je ne veux pas être traitée comme un homme". Je crois que ça a été un des écueils d'une certaine forme de féminisme de construire l'image de la femme émancipé sur celle de l'homme, qui, si la société lui donne plus de liberté, le contraint aussi à un rôle social genré, qui peut aussi le limiter et le bloquer. L'idée n'est pas de faire comme un homme, pour moi le féminisme, c'est un combat pour permettre qu'une femme, si elle le veut, puisse être maçon, médecin, présidente (sait-on jamais), autant que pour qu'elle puisse rester à la maison, être infirmière, c'est-à-dire qu'elle puisse avoir le choix, sans qu'on lui renvoie son genre comme un facteur limitant. Pour moi, le féminisme, c'est se battre pour qu'une femme puisse avoir des enfants, quand elle le désire, ou ne jamais en avoir, qu'elle puisse porter un pantalon, une jupe, ou le voile, comme elle le décide, qu'elle puisse avoir dans un vie un seul conjoint ou conjointe, ou multiplier les partenaires sans qu'aucun des choix qu'elle fait ne s'accroche des jugement négatifs. C'est aussi se battre pour que les hommes puissent eux aussi se libérer du rôle où la société les enferme, qu'un homme puisse demander un congé parental sans que son patron lui rit au nez, qu'on ne sermonne plus les petit garçons qui pleurent, qu'on leur permettent le rose et les poupées si ça leur chante (et qu'on arrête de trouver mon conjoint ultra-méritant parce qu'il consent à se charger, et avec plaisir, de cette corvée ô combien indigne d'un homme : la vaisselle - est-ce qu'on me félicite de préparer le repas tous les jours ? )

Bref, libérons-nous de ces images socialement normées pour nous épanouir en tant que ... nous-même!

Par plume rouillée
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 14:27

Les blogs sont plein de gens qui aiment écrire, et n'en ont pas l'occasion. Ils ouvrent un blog, et écrivent pour le reste de monde. Moi, j'aime bien faire l'originale, alors c'est tout l'inverse. J'ai plein d'occasions d'écrire. C'est même le coeur de mon métier : je suis apprentie-chercheur. Quand on dit qu'on fait de la recherche, on vous imagine immédiatement en blouse blanche dans un laboratoire. Non, on répond, je fais des sciences sociales, je travaille sur  les gens et leur vie. On vous imagine alors, sur le terrain, un peu Indiana Jones. Moi je fréquente bien plus les bibliothèques que les ruines dans la jungle. Mais tout ça, tout ce travail de terrain, ces heures en bibliothèque, ce n'est rien, rien du tout tant qu'on n'écrit pas. C'est l'écrit qui fixe la réalité de votre travail. Tu as un papier, demandera-t-on au conférencier intéressant, mais qu'on n'a écouté que d'une oreille. Envoyez-moi ce que vous avez écrit, on en discutera après, s'entendent répondre les étudiants. Il n'y a de pensée que si elle est écrite, voilà la réalité de mon travail.

Je n'arrive pas écrire. J'ai fait le travail sur le terrain, j'ai lu les livres, j'ai refléchi, mais rien de tout ça ne veut sortir bien rangé sur le papier. Je n'ai pas écrit, c'est comme si je n'avais rien fait.

Alors, comme les musiciens font leur gammes, comme les athlètes répètent chaque geste, je vais tenter de dérouiller ma plume. Je vais écrire ici un peu tous les jours. N'importe quoi, pourvu que j'arrive enfin à aligner les mots sur le papier. Trente minutes par jour, comme pour l'activité physique. On verra si ça marche....

 

 

 

Par plume rouillée
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